Le week-end dernier, j'étais de passage chez ma soeur dans la belle ville de Tours. Celle-ci en a profité pour me proposer diverses activités, dont : aller assister à un match de foot.

Oui, oui, à moi, m'inviter à un match de foot... Il faut dire que ce n'est pas n'importe quel match, mais une rencontre au sommet (de la ligue 2) : Tours-Caen , rien que ça, excusez du peu ! D'autant que, un dilemne de loyauté énorme se pose : serons-nous pour la fière équipe tourangelle, comme habitante (et soeur d'habitante) de la ville en question, ou pour la brave équipe caennaise, en souvenir des 5 années vécues là-bas ? Dur choix !

Nous choisissons donc de n'en faire aucun, ou du moins de couper la pomme de la discorde en deux : je serai pour Caen, et ma soeur pour Tours. Et en cas de problème, nous serions pour les vainqueurs.

conven5 caen

Bref, faisant fi de ma fatigue j'accepte, me disant qu'il est toujours bon de tenter de nouvelles expériences.

Manteau épais, sweat en polaire en dessous, gants, bonnets, cache-oreilles, nous nous équipons pour faire face à 2h dans le froid. Et pour adoucir la perspective de tant de spectacle viril à venir, j'embarque une boîte de bombons Haribo(petit-R-dans-un-rond). C'est pas parce qu'on va voir du foot qu'on doit se comporter comme des ours, non mais flûte !

L'aventure peut commencer.

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Arrivées sur les lieux, l'immersion est immédiate :

"- Ey Régis, t'as pris les places ? appostrophe un quidam au nez un peu trop gonflé pour que sa coloration carmine soit uniquement due au froid ambiant,
- Attends Robert, la dame elle cherche... J'y ai dit "places en tribune d'honneur" lui répond son accolyte, les yeux rivés sur le décoleté pourtant bien haut de la vendeuse qui n'avait pas besoin de ça pour être refroidie, parce que moi je l'ai, là, la vue sur les tribunes d'honneur, mouarf mouarf, mouarf !
- Ah ah ah, sacré Régis ! Pour c'que t'en f'rait franch'ment, à ton âge t'es tout flasque hein, mouarf mouarf !"

...

Pitié qu'on ne soit pas à côté d'eux, pitiéqu'onnesoitpasàcôtéd'eux, pitiékonsoipaakotédeu...

"Bon, et si on se prenait à manger ?" lance ma soeur pour changer de sujet.

"Vendu !"

Nous nous dirigeons alors vers la baraque à frites, où l'imminence du coup d'envoi se fait sentir dans l'ambiance survoltée (Une frite ! Deux saucisses ! Nan j'ai pas dit des merguez... Rah ! C'trop chaud... P'tain ça va être la folie à la mi-temps !). Nous repartons tout de même avec de quoi boucher nos artères, et celles de nos enfants et petits-enfants après nous, et nous installons dans les gradins. Je suis d'ailleurs rassurée sur notre accoutrement de lutte contre le grand froid : ma voisine de derrière est carrément enroulée dans un plaid Dora l'exploratrice.

Naaaan mais c'est bien, elle aura pas froid. Et si par hasard un journaliste veut une photo cocasse d'un supporter, ça ne sera pas moi.

Arrive alors le moment où les équipes entrent sur le terrain, sous les hourrah ou les huées de la moitié du stade. Et pour cause : l''autre moitié, elle, est tout simplement vide. Sans doute que les supporters supportent mieux leur intérieur chauffé que les sièges en plastique du stade... Ça ne peut être que ça, car comment penser qu'une équipe aussi fantastique que celle-ci ne puisse mobiliser qu'aussi peu de monde...? Attendez, j'ai p'têt une idée, mais... Non, vous allez dire que je fais du mauvais esprit.

Enfin bref, le coup d'envoi est lancé !

Euuuh... Et c'est lesquels les Caennais en fait ? Ah, ok d'acc'.

Tu veux un Régal'ad ?  Fraise ou citron ?

Soudain, à la 14ème minute, c'est la folie au Stade de la vallée du Cher : premier but de Tours ! La sécurité encercle la tribune des ultras (qui passent de "debout sur leur siège" à "tous collés à la grille de sécurité en hurlant comme des possédés") et leur chant résonne dans le stade : "Les tourangeaux, les tourangeaux, les tourangeaux sont les plus beaaaaaaux !"...

Ah ouais, quand même.

Tu m'passes un schtroumpf ?

P1D2301282G_px_512_Et le match continue... Passes ratées, tirs manqués, carton jaune, roulades dans l'herbe humide et râles de douleur insurmontable après une rencontre entre deux adversaires un peu trop franche pour être parfaitement innocente, le spectacle n'arrête pas. C'est que l'on a affaire à des professionnels, cela va sans dire ! Du spectacle, hein, parce que du sport je me tâte encore...

C'est à présent la mi-temps. Les joueurs reprennent des forces dans les vestiaires pendant que le speaker harangue les supporters entre deux publicités : "La ville de Tours encourage le TFC et met à disposition de ses supporters des bennes pour tous types de déchets". Ça en impose, de suite, comme sponsor. Je me demande s'il faut y voir la métaphore d'un esprit taquin... Mais je m'égard.

Bref, le match reprend. Et là scandale ! À la 60ème minute, Caen égalise ! Sur un penalty, de surcroît douteux, inutile de préciser.

Oui monsieur l'arbitre, parfaitement, complètement douteux ! On le voit bien qu'il a fait exprès de tomber le nº7 ! Depuis le début il nous fait le comédien !

Ça n'arrête bien sûr pas les vingt-quatre supporters caeannais, parqués dans le virage sécurisé conformément à leur haute dangerosité, de se jeter contre les grilles en hurlant de bonheur.

Mais le drame se poursuit : le nº7 est touché à la cheville, il s'effondre ! Il hurle le pauvre, la douleur semble affreuse. L'arbitre lève son sifflet, il va appeler les secours... Mais non ! Le nº7 se relève !! Hourrah !... Sur sa cheville blessée.

Ah, bon.

Mais peut importe, il clopine courageusement jusqu'au fond du terrain. A peine 3 minutes plus tard, le ballon arrive comme une fusée, horreur, il va encore perdre une passe ! Quand tout à coup... Il pique un sprint.

Menteur ! Acteur !! Bouuuuuuh !!!

Les tribunes des ultras tourangeaux s'enflamment à nouveau.

"- Oh et l'autr' eh, il m'a foncé d'dans ! s'insurge le nº14

- On se calme ! dit l'arbitre, et puis hop, si c'est comme ça, carton jaune  !

- Mais c'est une honte ! Je proteste ! hurle l'entraîneur

Le nº19 tombe au sol, visiblement à l'agonie.

- Comédien ! Houuuuuuuh !! vocifèrent les supporters

- Relevez-vous tout de suite, ça commence à bien faire !

- Et tac, bien fait ! rétorque l'entraîneur

- Carton jaune ! dit l'arbitre130301220836922_9_000_apx_470_

- Il reste encore des Tagadas ? demande ma soeur.

- Je veux sortir ! dit le nº7, qui sent sa position un rien inconfortable

- Buuuuuuuut !! hurlent les supporters tourangeaux

- Refusé ! dit l'arbitre, le tireur était hors-jeu.

- Vendu ! s'insurgent les ultras

- C'est dégeulasse ! dit le nº23

- C'est quoi déjà le hors-jeu ? que je demande à ma frangine

- Carton jaune ! embraye l'arbitre, qu'on n'arrête plus.

- Mais, mais...! bafouille le nº9

- Carton jaune !

- Enfin merdre, arbitre, ch'uis même pas sur le terrain !

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Enfin voilà, le coup de sifflet final a retenti. Les spectateurs frigorifiés quittent les gradins, les joueurs regagnent leurs vestaires non sans un dernier salut à leurs supporters respectifs (sur leurs deux jambes, et sans boîter, bien sûr).

Match nul.

Non, c'est pas ce que j'ai dit.